Moi, Sporus, prêtre et putain - Cristina Rodriguez

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Moi, Sporus, prêtre et putain - Cristina Rodriguez

Message par AKroma le Lun 25 Fév 2008 - 16:46

4eme de couverture

Certains destins pourraient surprendre les dieux eux-mêmes. Qui aurait parié un sesterce sur l'avenir de Sporus, enfant prostitué et exploité par sa marâtre dans un bouge infâme de Subure? Et pourtant ...
De tribulation en tribulation, il devient prêtre de Cybèle, une déesse orientale dont le culte inspire des sentiments partagés a Rome. Tout à la fois sacré et eunuque, respecté mais inculte, indiscipliné et rebelle, gouailleur et surtout irrésistiblement charmeur, ses imprudences lui valent bien des déboires. Mais Néron lui-même ne reste pas insensible à ce curieux garçon, et fait de lui son favori, et même son épouse, avant de sombrer dans la folie et la mort. Entre banquets, intrigues, fêtes et voyages, le jeune prêtre apprendra à ses dépens que la cour de Rome peut être aussi dangereuse que les forêts de Germanie...
Conté avec la voix de Sporus, dont la verve et l'insolence désarçonnent amis et ennemis, rythmé par une suite d'épisodes picaresques, ce récit n'en est pas moins rigoureux: chaque détail est fidèle à la réalité historique, et, en contrepoint, c'est la fin d'un règne, celui de Néron, la fin d'une dynastie, celle des Julio-Claudiens, que Cristina Rodriguez raconte avec émotion.

Extrait

"Le banquet"

" Lorsque j'arrivai, en litière s'il vous plaît, au palais de Néron, les convives, près de deux cents, étaient déjà attablés, et passablement soûls pour la plupart.
La salle à manger était titanesque et le dôme du plafond, orné d'étoiles et de centaines de personnages, tournait continuellement sur lui-même. A force de le fixer, on ne savait plus si c'était le plafond qui effectuait cette continuelle rotation ou la salle à manger elle-même.
Je m'aperçus à peine que Sérus m'avait doucement installé sur un lit, près de Néron, car j'étais incapable de détourner mon regard du prodige.
_ C'est un système hydraulique qui le fait tourner ainsi, m'informa Pétrone.
Je tressaillis et regardai enfin ceux qui m'entouraient. J'étais installé entre Pétrone et Pâris, face à Néron, et ce dernier souriait, enchanté de mon ébahissement.
_ Merveilleuse prouesse, n'est-ce pas ? fit-il. L'un des bijoux de cette maison !
Ses gestes étaient hésitants, sa tunique était tachée de vin et sa couronne de fleurs pendait de guingois. Il était soûl comme une barrique.
_ La surprise était de taille, César, fis-je timidement.
Néron s'agita alors, en poussant sur ses avant-bras. J'eus l'impression de voir un porc qui essaye de se redresser sur ses pattes arrière.
_ La surprise ! s'écria-t-il, la bouche pleine et les lèvres grasses. Mais oui ! (Il tapa violemment dans ses mains, manquant de peu de tomber.) Tigellin ! Tigellin ! Apporte la surprise de mon adorable Sporus ! (Il se tourna vers moi, hystérique.) Tu vas l'adorer, je te le garantis !
L'homme qui répondait au nom de Tigellin, un grand échalas au visage en lame de couteau, s'approcha de moi, suivi par le regard curieux des convives. Il tenait un panier à bout de bras. Je me tournai vers Pétrone, qui secoua tristement la tête en soupirant.
_ Ouvre-le ! cria Néron, fou de joie. C'est mon cadeau de bienvenue ! Voyez ce qu'il en coûte de s'en prendre à mes amis ! hurla-t-il à la cantonade.
Tigellin poussa le panier vers moi, un sourire rapace sur ses lèvres fines, et Pétrone se détourna. Je devinai alors ce que contenait le panier : une tête.
_ Ouvre-le ! renchérit Pythagoras. Les espions de Tigellin ont eu un mal de chien à lui mettre la main dessus !
Je tendis une main tremblante et sentis la nausée me soulever le ventre.
_ Il ne te mordra plus, susurra Tigellin, se délectant de ma frayeur.
Je posai les doigts sur l'arceau du couvercle, mais n'eus pas la force de le soulever. J'avais beau détester le Gaulois qui m'avait jeté en pâture à ses clients, je n'avais aucune envie que son visage me poursuive dans mes cauchemars. Le destin m'avait au moins épargné le désagrément de les voir faire, aveuglé que j'étais, lorsqu'ils s'étaient vautrés sur moi. Tigellin posa sa main sur la mienne avec une telle violence que je poussai un cri. Il referma ses doigts sur les miens, ses yeux noirs cloués à mes pupilles, pour m'obliger à tirer sur le couvercle, mais je résistai. Je ne voulais pas ouvrir ce maudit panier.
_ On ne refuse pas un cadeau de César, murmura-t-il à mon oreille sans se départir de son horrible sourire. Et on ne me refuse pas un cadeau que j'ai passé des heures à chercher.
Tant de menaces dans sa voix, tant de haine, mais tant de plaisir aussi… Cet homme m'effrayait plus sûrement que la tête que contenait le panier. Avec un cri, je me dégageai de son étreinte et me recroquevillai aussi loin de lui que possible, mais, ce faisant, le panier chut et la tête tomba au milieu des lits avec un étrange bruit mat, pour rouler près de la petite table ronde autour de laquelle les proches de l'empereur étaient installés. Une femme cria et l'horrible visage me fixa entre ses paupières concaves et flasques, qui n'avaient plus de globes oculaires pour les bouffir. Il me tirait une langue bleuâtre, qui saillait comme un serpent malade entre les lèvres exsangues. La colonne vertébrale et les artères, se vidant sous le choc du reste de sang et de moelle épinière qu'elles contenaient encore, avaient laissé une traînée rougeâtre et gluante sur le marbre. Sans doute s'y était-on pris à plusieurs reprises pour trancher le cou, car les chairs s'y effilochaient en longs filaments visqueux, curieux entrelacements de nerfs, de muscles et de veines. Et je n'ose parler de l'odeur, qui rappelait celle, écoeurante, du sang frais et de la viande que l'on vient d'équarrir. Je poussai un tel hurlement que la salle entière se figea.
_ Non !
Mon cœur avait cessé de battre. La tête était celle de Florus."


commentaire

Sporus est terriblement attachant. Cristina raconte l'histoire de Néron sous un angle totalement différent, et très fidéle, loin de toutes les idées qu'on se fait du personnage.
Certaines scènes sont assez dures à supporter, mais c'est un roman vraiment très intéressent.

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